lentreprise.lexpress.fr / avril 2013

 

La CFE-CGC choisira le 17 avril un nouveau leader dans un climat délétère de guerre des chefs sur fond de divergences stratégiques.

Le sortant Bernard Van Craeynest a jeté l’éponge, l’actuelle numéro deux Carole Couvert est donnée favorite mais son concurrent François Hommeril est soutenu par la puissante fédération de la métallurgie.

Pour le 35e congrès de la confédération des cadres, un millier de délégués se réuniront du 17 au 19 avril à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et 467 d’entre eux, habilités à voter, trancheront dès le premier jour.

C’est en décembre que la jeune secrétaire générale de 40 ans, issue de GDF-Suez, en conflit ouvert avec Bernard Van Craeynest, qui dirige le syndicat depuis 2005, avait annoncé sa candidature, soutenue par 13 fédérations.

Carole Couvert présente un ticket original : sa numéro deux est aussi une femme, Marie-Françoise Leflon, négociatrice de l’accord emploi.

Mais trois fédérations (métallurgie, la première de la centrale , chimie et construction) ont refusé de la soutenir et présenté François Hommeril, 51 ans, ingénieur géologue (ex-Péchiney). Il a pris comme second le numéro deux de la métallurgie, Jean-Yves Hemery.

En janvier, M. Van Craeynest avait renoncé à se représenter, sous les coups de boutoir de ses opposants qui lui reprochaient notamment son salaire (remboursé par son syndicat à son ex-employeur la Snecma). En représailles, il a failli saisir la justice contre ses camarades avant d’y renoncer et est aujourd’hui sans ressource.

C’est l’annonce prématurée de sa candidature au printemps 2012 qui avait précipité la crise et resserré des fédérations autour de Carole Couvert.

Sur le papier, celle-ci a l’avantage, sauf défections de voix en particulier à la fédération de la Banque (la deuxième de la centrale).

« Le suspense n’existe pas. La fédération de la banque a pris clairement position, à l’unanimité, pour Carole« , a indiqué à l’AFP son numéro un, Régis Dos Santos.

Selon lui, « il ne s’agit pas d’un combat des chefs, on est à une croisée des chemins. Il est temps qu’on passe d’une confédération de notables à une confédération de militants« , dit-il, estimant que Bernard Van Craeynest n’a pas fait « bouger les lignes« .

En revanche, Gabriel Artero, numéro un de la métallurgie, a assuré à l’AFP que le match est « très serré, 50-50« . La candidature Hommeril « est sur de bons rails et on va jusqu’au bout« .

M. Artero reproche à Mme Couvert ses « méthodes » – avoir, selon lui, organisé un « putsch » contre le numéro un – et de n’avoir « pas fait le job de secrétaire générale« . Il fait grief d’une approche « marketing » à Mme Couvert qui a justement une formation en marketing.

Mais M. Artero ne redoute pas une explosion de la centrale qui en 69 ans d’existence « en a vu d’autres« . Après le Congrès, « on va travailler ensemble » et si son candidat gagne, il « restera ouvert et pluraliste« , assure-t-il.

De son côté, M. Hommeril affirme à l’AFP que sa candidature n’est « pas de témoignage » mais « pour gagner et rassembler« . Selon lui, il n’y a pas d’accord possible « sur la personne de Carole Couvert » pour permettre le rassemblement.

Derrière les conflits de personnes se profilent aussi des divergences sur la stratégie: M. Artero et ses proches sont des défenseurs acharnés du statut catégoriel de la centrale, représentant des salariés de l’encadrement, alors que Mme Couvert avait été l’artisan en 2008 d’un projet (avorté) de fusion avec l’Unsa.

Le sujet n’est pas à l’ordre du jour puisque la centrale a voté en décembre une modification de ses statuts confirmant son caractère catégoriel en vue de préserver sa représentativité.

Mais la polémique peut rebondir dans la perspective de 2017: d’ici là, la centrale sera à la table des négociations, après avoir engrangé de plutôt bons résultats aux élections professionnelles. Avec 9,4% elle s’est arrogée la place de quatrième syndicat français dans le privé.

Pour autant, le bilan des trois dernières années comporte des points noirs: la CFE-CGC a perdu deux positions historiques: la présidence de l’Agirc, la caisse de retraite complémentaire des cadres, et celle de la Cnav (caisse nationale d’assurance vieillesse). En outre, ses effectifs sont vieillissants (54% ont plus de 50 ans).